Jour 3 Monreale, Palerme, Erice
4 mai 2007
Monreale
Ancien territoire de chasse royal perché au dessus de la vallée de la “conca d’oro” (conque d’or), cette petite ville d’à peine plus de 30 000 habitants attire pourtant un nombre impressionnant de touristes. Celle qui tire son nom de la contraction de “montagne” (monte) et de “royal” (reale) a été choisie par les rois de Sicile comme siège de la contestation du pouvoir ecclésiastique. Sans effusion de sang, la lutte entre le trône et le Saint Siège s’est plutôt soldée à coup de cathèdre, judicieusement située à environ 8 km de Palerme. C’est la cathédrale, siège du nouvel évêché, qui attire les foules et qui fait fonctionner le moulin de l’industrie touristique d’une Monreale aux allures médiévales.

Petite rue de Monreale
Cathédrale de Monreale
Conscient du grand pouvoir exercé par les évêques de Palerme, Guillaume II, roi de Sicile de 1166 à 1189, contre-attaque en faisant construire à Monreale une église (Santa Maria Nuova), un cloître et un monastère bénédictin (Cava di Tirreni). Celui qui sera surnommé Guillaume le Bon atteint son objectif un an après la fin des travaux de l’église. En 1983, le pape Lucius III fait de Monreale un évêché que le roi s’empresse de mettre à sa main pour contrebalancer le pouvoir de l’église palermitaine.
(Pour en voir et en savoir plus, cliquez ici)
Palerme
Un passé bariolé où bon nombre de cultures diverses se sont entremêlées pour faire de Palerme le creuset d’art et de science qu’il est, voilà ce qui, allié à une tolérance sans pareille, ce qui a fait la grandeur de la capitale sicilienne. Née phénicienne sous le nom de Panormos, Palerme devient romaine vers 245 avant le Christ avant de passer naturellement aux mains des byzantins qui se la feront ravir par les Arabes en 835. Robert le Guiscard et son frère Roger, fils de Tancrède de Hauteville, feront changer les choses alors que le 10 janvier 1072 ils entrent à Palerme qui devient normande. S’ouvrent alors les portes de l’Orient et de sa science pour l’Occident grâce à la tolérance démontrée par ce nouvel occupant qui préfère l’intégration à l’assimilation. Les successeurs de Roger feront eux aussi valoir cet esprit de syncrétisme qui atteint son apogée avec le règne de Roger II, mort à Palerme en 1154. Le dernier des Hauteville ira jusqu’à laisser la liberté de culte malgré que la religion catholique romaine soit devenue celle reconnue comme officielle. Je vous laisse trouver le nom des cinq patronnes de la Sicile. Un indice, une ville du Québec qui porte le nom d’une sainte palermitaine se targuait dans une ancienne publicité d’avoir un marché aux puces qui « vaut le déplacement ».
Lors des vêpres siciliennes (1282), qui inspirèrent un opéra à Verdi, les Palermitains se révoltent et provoquent la chute de Charles 1er d’Anjou. Des mains franques Palerme passa ensuite aux Aragonais puis aux Bourbons de Naples. Après quelques autres conquêtes et révoltes, elle intègre le royaume d’Italie en 1861.
Santa Maria dell’Ammiraglio (La Martorana)
Sise place Bellini, Sante-Marie-de-l’Amiral a été fondée en 1149 par la volonté de Georges d’Antioche. Elle doit son nom particulier à la fonction de son fondateur syrien, grand amiral du roi normand Roger II de 1108 à 1151. Juste à côté de l’église se trouve en 1193 un couvent dédié à Saint-Basile auquel l’église sera incorporé. C’est vers 1394 que Éloïse Martorana fonde un couvent éponyme à l’origine du surnom de l’église. Ce couvent sera ensuite cédé aux bénédictins de la couronne normande.
(Pour en voir et en savoir plus, cliquez ici)
Fontana della Vergogna (Fontaine de la Honte)

C’est à un sculpteur toscan du nom de Francesco Camilliani que Pietro di Toledo confia, vers 1554-1555, la charge de produire une gigantesque fontaine pour agrémenter ses jardins florentins. La légende veut que le fils de Pietro, envoyé au chantier pour vérifier la qualité de travail accompli et la livraison d’une fontaine saine et sauve, se soit trouvé à court d’argent. Pour retrouver quelques “liquidités”, en 1574, il vendit la fontaine au Sénat de Palerme qui l’installa pizza Pretoria, d’où la raison pour laquelle on la nomme parfois “fontaine Pretoria”.
Comment se fait-il qu’une fontaine de la haute-renaissance soit encore si belle? C’est qu’elle a été confiée aux bons soins d’une firme de restauration en 1993. Beau boulot n’est-ce pas?
Selon de nombreuses sources, elle aurait pris le nom de “fontaine de la Honte” puisque c’est ainsi que l’aurait surnommée les paroissiens de l’église San Giuseppe di Teatini, sise sur cette même place, outragés par la nudité des personnifications des cours d’eau qui y sont présentés.




Cathédrale de Palerme

(Pour en voir et en savoir davantage sur la cathédrale de Palerme, cliquez ici)
Pupi
Je ne sais encore si j’aurais un photo à vous montrer, mais comme je les ai trouvé charmants, je prends quelques secondes pour vous parler des pupi. Faites de bois et de métal, ces marionnettes représentent Roland, neveu de Charlemagne et héros éponyme d’une chanson de geste, et les autres personnages du « Roland furieux », de l’Arioste, et de « La Jérusalem délivrée » de Torquato Tasso dit Le Tasse (deux œuvres du seizième sicèle). Bien visibles dans toute boutique de souvenirs sicilienne, les pupi ont connu une grande vogue au début du dix-neuvième siècle alors que renaît l’intérêt pour le Moyen Âge grâce au courant romantique. Ces marionnettes qui rappellent le temps des querelles entre Maures et Chrétiens possèdent même à Palerme un musée qui leur est consacré.

Voici un bel exemple de la fameuse dévotion populaire dont M. Boglioni nous parle dans son cours sur la religion au Moyen Âge.
Source de questionnement quant à la provenance

Sur les routes de Sicile


Lors de la montée vers Erice, on ne saurait mieux résumer cette ascension que le panneau de circulation ne le fait déjà.
Erice

Erice se dresse à l’horizon
Avec ses 751 mètres d’altitude, cette petite commune de la région de Trapani a vraiment ce qu’il faut pour que nous ayont la tête dans les nuages aussi bien au sens propre qu’au sens figuré. Véritable ville médiévale transposée au XXIe siècle, son dédale de petites rues étroites où les rares voitures semblent être autant d’anachronismes mécaniques a de quoi faire rêver et même charmer le médiéviste qui sommeille en nous. Ainsi perchée, Erice nous offre des paysages magiques où se confondent vallées, monts et mers que les “Ericini” (que la légende veut d’orignes troyennes) oublient de contempler avec le temps.

Brume sur la baie que surplombe Erice
Chiesa Matrice


Rosace gothique, Chiesa matrice, Erice

Ressemblant à toutes les autres rues de la cité, quoique un peu plus large peut-être, celle-ci représente bien ce qu’étaient les rues au Moyen Âge.

Place San Giuliano, Erice

Les tourelles Pepoli, Erice
Castello di Venere, château normand

Castello Pepoli

Tour des Balio
